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Elle est ravissante. Toujours sur le pont,
Madame la Directrice. Elle accueille, amicale et souriante. Elégante avec
discrétion : l'automne est tweed et soie. Ce jour-là, elle porte un pantalon à
pinces, large, une veste cintrée dans des verts de sous-bois, un chemisier à col
cravate. Une Diane chasseresse qui aurait laissé son arc en coulisses.
Impeccable. Un fin visage au modelé doux et aigu à la fois encadré de cheveux
d'un blond transparent, une longue silhouette, fine, énergique. Les yeux bruns
pétillent. Il y a quelque chose de mutin en elle. C'est la Parisienne telle
qu'on l'imaginait il y a quelques années. Classique. Une fille pour Jacques
Fath, Christian Dior et Coco Chanel. Classique, quoi !
Pourtant, peu de femmes sont aussi bien ancrées dans leur temps que Myriam Feune
de Colombi, ex-pensionnaire de la Comédie-Française et depuis vingt ans
directrice du théâtre Montparnasse, Paris XIVe.
Grande semaine, cette semaine. Lundi dernier, bravant les intermittents, le
ministre de la Culture et de la Communication, Jean-Jacques Aillagon, a quitté
son Fort Chabrol du Palais-Royal pour se risquer dans cette rue assez chaude où
résiste la culture par quelques théâtres, rue de la Gaîté. Il a accroché sur le
sein délicat de la belle Myriam les insignes d'officier du mérite. L'équipe
était là. Georges Belvaire, directeur de scène, Bertrand Thamin, administrateur
général, Marie-Françoise Morard, assistante de direction, Pierre Cordier, son
attaché de presse. Et les amis. Jérôme Hullot bien sûr qui la précédait au
Montparnasse et l'a longtemps accompagnée. Didier Van Cauwelaert, Brigitte
Fossey, Niels Arestrup, Stéphane Hillel, tant d'autres. Et bien sûr, dominant le
groupe de sa haute et moelleuse stature, Jean-Louis Vilgrain, l'époux. Un
capitaine d'industrie. Les Grands Moulins de Paris, c'est lui. Le Théâtre
Montparnasse aussi. C'est lui qui l'a offert à sa femme. Un très beau cadeau,
elle en convient. Un très beau cadeau dont elle n'a pas fait un joujou pour
jolie capricieuse, mais bien le lieu où cette femme charmante s'est
littéralement «trouvée» et où elle poursuit depuis vingt ans une politique
artistique audacieuse. Dans le métier, elle le sait, on l'appelle
affectueusement «la Belle Meunière». Poiret, malicieux, avait inventé «l'Electre
de mon moulin». Elle peut en rire d'autant mieux qu'elle n'est qu'énergie,
indépendance, choix courageux.
Le théâtre, cela a toujours été sa passion. Enfant, en classe, elle organisait
des spectacles. Et elle suivait sa mère, qui aimait beaucoup sortir et
l'emmenait dans les plus belles salles. Elle a passé onze ans au Français.
Heureuse. Mais elle n'y aurait pas usé sa vie. Trop traqueuse. Radieuse
lorsqu'elle évoque ses camarades, ses aînés ou ses amis de promotion, Micheline
Boudet, Denise Gence, Jacques Charon, Robert Hirsch, Jacques Toja, Georges
Descrières, Maurice Escande... L'esprit. L'esprit régnait dans la troupe. Elle
se souvient, émue, d'avoir joué Roxane aux côtés de Jean Piat à Orange. Elle a
adoré Marivaux. Et la discipline. Elle aimait le plein air, les nuits étoilées,
les voyages. Du Liban au Japon, avec la Comédie-Française, elle a fait le tour
du monde. Elle sourit en revoyant les facéties de Robert Hirsch.
D'ailleurs, au Montparnasse, après, elle a invité beaucoup de belles
personnalités du Français. On va sûrement en oublier, mais Casile, Boudet,
Aumont, Chaumette, Duchaussoy, Sereys sont passés par là... «Moi, non, je
n'ai jamais regretté de ne plus jouer, confie-t-elle. Je préfère organiser.
Faire des mariages.» Elle n'a pas d'enfants, mais cinq beaux-enfants d'un
premier mariage de Jean-Louis Vilgrain, une famille très unie sur laquelle
Mademoiselle de Colombi, comme on dit dans le théâtre, règne de tout son amour.
Lui, d'ailleurs, il adore aussi le monde du spectacle. Et il ne s'est pas
contenté d'acheter le Montparnasse comme on offre un diamant à une déesse. Il a
créé la Sopat, société de promotion audiovisuelle du théâtre, et en est
l'entreprenant PDG.
Grande semaine, oui, cette semaine. Après les distinctions méritées, la
réouverture du Petit Montparnasse est l'autre événement. Une petite salle
agrandie, embellie, tout contre le cimetière Montparnasse et où désormais seront
assises à l'aise deux cents personnes. «Ici, je vais privilégier les jeunes
auteurs de langue française», dit-elle. Mais pour les débuts, elle est allée
vers une pièce tonique de Dario Fo, l'Italien des tréteaux, Prix Nobel de
littérature, Johan Padan à la découverte des Amériques. Elle est
enthousiaste. «C'est interprété par un comédien de Belgique qu'il faut que
Paris connaisse, Jean-Claude Frison», souligne-t-elle.
Elle aime. Elle aime les gens et les textes. Elle lit. Elle lit de nombreuses
pièces et prend des risques. Copenhague, Fernando Krapp m'a écrit cette lettre,
tous ces grands textes que l'on a découverts grâce à elle, il fallait oser.
Comme cette saison Le Jour du destin de Michel del Castillo. Cette timide qui
doutait n'est pas devenue un esprit fort. Mais elle se fait confiance. «Je sais
que ce qui m'intéresse peut intéresser le public. C'est assez simple. Mais il
faut rêver fort et haut...»
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