|
Note de l'auteur
De tout ce que j’ai écrit, La Nuit des Oliviers est sans
doute le texte que j’ai désiré le plus longtemps. Je l’ai rêvé sans
l’écrire. Des années. J’en avais peur.
Imaginez : faire parler Jésus ! Lui prêter des pensées qui remplissent les
creux de son histoire, son enfance, sa jeunesse, sa vocation, ses
hésitations, ses silences entre les discours officiels, sa peur le dernier
soir… Lui faire dire tout ce qu’il n’a pas dit. Si j’avais été athée – comme
je le fus d’abord – et indifférent au christianisme – comme je le fus aussi
- , prendre la parole en son nom ne m’aurait pas effrayé : Or la rencontre
des Evangiles avait modifié ouis inspiré le cours de ma vie. Dire « Moi,
Jésus » avait quelque chose d’excitant mais aussi de transgressif…
Je m’y décidai enfin en l’an 2000 pour écrire la première partie du roman, L
évangile selon Pilate. J’ai retravaillé ce texte pour la scène en accouchant
cette Nuit des Oliviers.
Une question toute simple traverse ce récit : Jésus savait il qu’il était le
Messie ?
Depuis deux mille ans, on répond de façons diverses. Pour certains, il le
savait puisqu’il avait été annoncé à sa mère, à son père, donc à lui-même :
il aurait eu une connaissance innée de son destin. N’était il pas Dieu ?
Pour d’autres, légitimement surpris par l’aspect tardif de sa vie publique –
trois années à plus de trente ans passés – il ne se découvrit que
progressivement, prenant de plus en plus conscience de sa spécificité.
N’était-il pas homme ? Je propose une troisième hypothèse. Il en fit le pan
! Yéchoua de Nazareth, lorsqu’il découvrit plus que lui à l’intérieur de lui
– Dieu - , il écouta cette voix , s’en méfia, il disparut au désert après
avoir été désigné par Yohanan le plongeur (Jean-Baptiste), puis, étape par
étape, accepta de révéler ce qu’il pensait, comment il aimait.
Continuellement traversé par le doute, il ne répond jamais « Oui » à qui lui
demande s’il est bien le Messie, il se contente d’un énigmatique « c’est toi
qui l’as dit ». Et ce pendant, avec le temps, il accepte ses dons, ses
obligations et finit par se résoudre à jouer son rôle, accomplir son destin.
Il ne vit ni ne meurt pour lui.
C’est l’humanité de Jésus qui m’intéresse ici. Son courage, son incertitude,
ses peurs, la beauté folle de son action, la poésie éperdue de sa conception
amoureuse du monde, son sens du sacrifice.
Comme dit l’un de mes amis athée, « si Dieu n’est que le meilleur des
hommes, alors c’est déjà beaucoup » : Et ça vaut le coup d’y croire, non ?
|
|

Eric-Emmanuel SCHMITT |